Nous vivons tous des situations frustrantes et éprouvantes émotionnellement au quotidien. Essayez de revivre la scène, pas vraiment dans les détails de ce qu’il s’est passé avec une autre personne ou dans une situation spécifique, mais plutôt par rapport à ce que vous avez ressenti à ce moment là. Souvent la peur d’un trop plein d’émotions nous incite à réprimer ce trop plein, qui sort alors avec beaucoup plus de force, tel un geyser contenu dans la roche trop longtemps. Alors que si nous allons à la rencontre de ces émotions, même négatives, si nous sommes plus dans l’ouverture que dans la fermeture, celles-ci ne nous submergent pas complètement. Il faut alors composer avec la peur d’être submergé(e) et cette volonté d’aller à la rencontre de l’émotion négative, tout étant une affaire d’équilibre et d’harmonie. 

Une œuvre très intéressante pour « travailler » dans cette direction est la représentation de saint Georges combattant le dragon peinte par Paolo Ucello vers 1450-1455 et conservée à la National Gallery de Londres.

Plusieurs détails interpellent ici : le chevalier plante une longue lance dans la tête du monstre, mais son propre visage porte une expression très neutre, sans émotion particulière. En regardant de plus près, Georges n’a même pas le regard braqué sur le dragon, il regarde simplement vers le bas, les yeux mi-clos.

De l’autre côté, la princesse est elle aussi très calme, alors qu’elle est reliée à la bête fantasmagorique par une corde, qui n’est cependant pas tendue. Est-ce elle qui est enchaînée au dragon ou l’inverse ? Elle a d’ailleurs un geste d’accueil de la main gauche, ouverte, vers le monstre, comme pour dire : « c’est là ». Finalement la seule violence vient du sang qui coule de la gueule de la créature et de la ruade du cheval blanc. Nous pourrions alors nous mettre à la place de la princesse : en étant dans l’accueil de l’émotion négative (le dragon), en étant conscient(e) de notre attachement à celle-ci (la corde), une autre partie de nous-même peut la réduire à néant. Il est tout à fait possible de pourfendre quelque chose qui nous pourrit la vie (qui n’est souvent pas plus tangible et réel qu’un dragon !) sans pour autant lutter avec violence contre, mais plutôt en y étant préparé, en acceptant de s’y confronter, en allant paisiblement à sa rencontre.

 

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